La sommation des chrétiens catholiques à Kabila

La cathédrale Saints Pierre et Paul de Lubumbashi. Photo Lexclusif.info

Les chrétiens catholiques voudraient-il, en 2017, réitérer l’exploit de février 1992 lors de la marche de l’espoir?  Face à l’intransigeance du pouvoir à appliquer l’accord de la Saint-Sylvestre et particulièrement, ses mesures de décrispation, dans un message publié le samedi 2 décembre 2017, le Comité Laïc de Coordination (CLC), demande au président Joseph Kabila à déclarer publiquement qu’il ne sera pas candidat à la prochaine présidentielle.

Dressant un bilan “cauchemardesque” du rêve congolais de bâtir une véritable démocratie dans leur pays, le CLC décrie aussi l’enrichissement illicite d’une frange des privilégiés au détriment de la vie collective. Soutenant que le peuple congolais refuse que son espoir de rendre le Congo meilleur lui soit confisqué, sur un ton sans équivoque, le CLC donne un ultimatum au président Joseph Kabila: “Dans cette perspective, d’ici le 15 décembre 2017, le Comité Laïc de Coordination exige outre une déclaration publique du Président de la République qu’il ne sera pas candidat à sa propre succession”, il demande la mise en application effective de toutes les mesures de décrispation de l’Accord de la Saint-Sylvestre convenues par les parties prenantes au dialogue de la CENCO.

Parmi ces mesures, on note: “la libération, sans conditions, de tous les prisonniers politiques, la fin de l’exil des opposants menacés d’arrestation à leur retour au pays, la fin du dédoublement des partis politiques, la libéralisation des espaces médiatiques et particulièrement de la RTNC, la réouverture des médias injustement fermés, la restructuration de la CENI afin de recréer la confiance entre l’électorat et l’institution organisatrice des élections, l’utilisation du calendrier récemment proposé par la CENI comme outil de travail pour l’élaboration d’un calendrier consensuel”

Le CLC compte un nombre important de chrétiens catholiques de la RDC. Cette sommation marque un tournant qui risque d’être fatal au régime.

S’achemine-t-on vers une autre marche des chrétiens?

Une victime lors de la marche des chrétiens de février 1992. Photo Droits tiers.

Le 16 février 1992, une marche pacifique des chrétiens est réprimée dans le sang à Kinshasa. C’était il y a vingt-cinq ans. Décidément, en politique, on n’apprend jamais du passé.

Après avoir déclaré en avril 1990, la fin du monopartisme et la remise en question de la deuxième république, les premiers travaux de la Conférence Nationale, s’ouvre en mai 1991 à Kinshasa. On espère y trouver les solutions qui sortiront le pays de son marasme politique et social. Pour Mobutu, la CN, Conférence Nationale, sera une constituante pour rédiger une nouvelle constitution à soumettre à soumettre au referendum, mais pour l’opposition et la société civile, la CN devra instaurer un régime démocratique et passer aux cribles fins les 27 ans de la présidence de Mobutu…

La CN est suspendue. Etienne Tshisekedi premier ministre

Les débuts de la CN sont calamiteux. Son président provisoire, Kalonji Mutambayi, est débordé. Exacerbés par ce qui se passe à la CN et impayés depuis des mois, les militaires, et quelques civiles, se livrent au pillage des commerces, édifices publics, résidences et biens des dignitaires. Le bilan en est lourd et des dégâts énormes.

Trois mois après son lancement la CN connait sa première suspension. Mobutu en profite pour engager des négociations directement avec l’Union Sacrée de l’opposition. De ces négociations dites de “Palais de marbre”, résidence de Mobutu, Etienne Tshisekedi sera nommé Premier ministre.

Suite à une divergence, Etienne Tshisekedi est démis de ses fonctions pour avoir barré, lors de la prestation de serment, les références désignant Mobutu comme garant de la Constitution et de la nation.  Mobutu va débaucher dans l’opposition Bernardin Mungul Diaka pour le remplacer. Au bout d’un mois passé à la primature, ce dernier cédera sa place à un autre transfuge de l’opposition, Jean de Dieu Nguz A Karl I Bond.

Avec Monseigneur Laurent Monsengwo, archevêque de Kisangani et président du Conseil épiscopal National des Evêques, aux commandes, en décembre 1991, la Conférence Nationale reprend ses travaux.

 La marche pacifique des chrétiens

Aussitôt reprise, elle connait une nouvelle suspension. Le gouvernement Nguz Karl-I-Bond se dit incapable de supporter son coût exorbitant. En réalité, il veut mettre fin à un déballage politique compromettant qui se profile déjà à l’horizon. Cela n’est pas du goût des Congolais qui demandent la reprise immédiate de ses travaux en exigeant qu’elle soit, cette fois-ci, souveraine.

Le 16 février 1992, à l’appel des mouvements laïcs de l’Eglise catholique, des dizaines de milliers de chrétiens descendent dans la rue pour exiger la convocation dans l’immédiat d’une Conférence Nationale Souveraine (CNS). Pris de panique, le gouvernement fait intervenir l’armée et la police qui ouvrent le feu sur les manifestants.

Le bilan est lourd. Une vingtaine de morts pour le gouvernement et une centaine pour l’opposition. Cette répression sanglante de “la marche pacifique des chrétiens”  va soulever l’indignation générale à travers le monde. Sous pression, Mobutu capitule. La Conférence Nationale reprend en avril 1992 et devient Souveraine.

Vingt-cinq ans après, à quelques exceptions près, la mise en œuvre d’une véritable démocratie patauge au pays de Kabila. Les temps ont changé. Certes, les enjeux ne sont plus les mêmes qu’en 1992. Mais hélas, les cause sont restées les mêmes: l’instauration d’un Etat de Droit et véritablement démocratique. L’histoire est en train de se répéter. Joseph Kabila sortira-t-il vainqueur d’une épreuve de force avec l’Eglise catholique? Telle est la question.

    Auteur: Leila Mariama
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