Joseph Kabila et son régime répressif

Joseph Kabila, un sanguinaire qui ne veut pas lâcher les rênes du pouvoir.

On disait de Mobutu qu’il était “un tueur aux mains propres” parce qu’il commanditait la plus part d’assassinats tout en prenant soins d’être absent au moment de leurs exécutions. Le cas le plus célèbre est celui de Pierre Mulele. Mais avec Joseph Kabila, c’est un autre modus operandi. Il jette en prison ses opposants, les empêche de manifester et n’hésite pas à ordonner d’ouvrir le feu sur ceux qui s’entêtent. Survol des crimes d’un “kadogo” (petit soldat), devenu autocrate.

Premier mandat: Les marques de la bête

A son accession au pouvoir en 2001, les observateurs avisés voyaient en lui (enfin!), une brebis à la tête de la RDC. Le jeune homme à l’apparence timide, au regard distant, pourtant froid et inexpressif est tout le contraire de ce tableau caricatural un peu fat. Comme un joueur habile de jeux d’échec, ce calculateur impitoyable, après avoir prêté serment en décembre 2006, a commencé aussitôt à marquer son territoire et imposer ses marques, tel un fauve.

Le massacre des membres de BDK

Vers les premières années de son mandat, il était difficile de dénicher ses crimes tellement qu’ils étaient maquillés avec l’habilité d’un artiste. Il ne fallait pas beaucoup attendre pour que ses forfaits remontent à la surface.  A l’époque, Kinshasa cherche à restaurer son autorité dans la province du Kongo Central. De violents affrontements y opposaient régulièrement les pouvoirs locaux et les membres de Bundu dia Kongo (BDK), un mouvement politico-religieux créé en 1986 par Ne Muanda Nsemi. Fort de 1,5 million d’adeptes, le BDK s’est doté de rituels et d’un code juridique définissant des amendes et des punitions corporelles. Dans certains villages, il a même constitué sa propre police, les « Minkenge ». La répression du mouvement sectaire aurait fait une centaine de morts selon la Monuc. Cent personnes seront tuées froidement, cent cinquante autres arrêtées et plus de deux cents bâtiments détruits. Ce bilan macabre, publié le 13 juin 2008 dans un rapport de la Mission des Nations unies en République démocratique du Congo (Monuc), est celui des opérations menées par la Police nationale congolaise (PNC) dans cette province, entre la fin février et la mi-mars 2008.

La Monuc se demande si le gouvernement de Kabila n’avait pas, en fait, “pour objectif de réduire considérablement la capacité opérationnelle de BDK”. Par le menu, le rapport décrit des pillages et des incendies orchestrés par les forces de l’ordre. Le document relève qu’elles tuent parfois sans autre forme de procès et souligne que les policiers sont bien mieux armés – ils disposent de fusils d’assaut et de mitrailleuses légères – que les membres de BDK, qui brandissent, le plus souvent, des branches de bois taillées en croyant qu’elles vont, comme par magie, se transformer en armes. La Monuc, qui ne mâche pas ses mots, conclut par une virulente diatribe contre “l’usage excessif ou illégitime de la force par la police”.

Le cas Chebeya, Bapuwa Mwamba, Serge Maheshe, Didace Namujimbo, Franck Ngyke

Kabila n’aime pas qu’on le défie. Le 30 septembre 2010, son véhicule est caillassé à Kinshasa par Armand Tungulu, un Congolais vivant en Belgique et qui en avait marre du régime de Kinshasa. Arrêté immédiatement, il est conduit illico au camp Tshatshi où il mourra suite aux tortures. Sa mort ne sera annoncée que trois jours plus tard par la télévision nationale qui parlera d’un suicide.

Floribert Chebeya, président de l’ONG “La voix des sans-voix” (VSV), célèbre défenseur congolais des droits de l’homme qui en faisait un “peu trop”, avait été retrouvé mort dans sa voiture dans la banlieue de Kinshasa, le 2 juin. Un crime qui avait défrayé la chronique tant en République démocratique du Congo qu’à l’étranger. Pour quelles raisons a-t-il été tué? Toutes les exactions de la kabilii étaient dénoncées sans ménagement par Chebeya: répression sanglante de Bundu Dia Kongo, traque des opposants, corruption, etc. Le régime avaient plusieurs raisons pour assassiner Floribert Chebeya.

Après ce meurtre, les autorités de Kinshasa ont arrêté plusieurs responsables de la police, dont le colonel Daniel Mukalay, chef des services spéciaux, qui aurait avoué l’assassinat sans pour autant avoir eu l’intention de tuer. Et le général John Numbi, inspecteur général de la police nationale, avait été suspendu par le Conseil Supérieur de la Défense. Cet assassinat ignoble n’est qu’une énième sur la longue liste d’opposants, journalistes et défenseurs des droits de l’homme assassinés exécuté. Bapuwa Mwamba, Serge Maheshe, Didace Namujimbo, Franck Ngyke, entre autres, ont subi un sort similaire.

Le dernier mandat: Les œuvres du boucher de Kingakati

Si le lendemain de la prestation de serment de son premier mandat a été marqué par le décès de Samba Kaputo, l’un de ses deux grands stratèges katangais, la même scène s’est reproduite après la prestation de son second et dernier mandat. Augustin Katumba Mwanke, le dernier de ses têtes pensantes katangaises trouve la mort dans un accident d’avion un peu mystérieux. A-t-il été liquidé? Tout semble l’indiquer. Deux éléments le font penser. D’abord le jour de la proclamation des résultats de l’élection présidentielle, Olive Lembe, première dame, dans une prière mémorable, avait implorer Dieu de débarrasser de la cour de son mari tous les méchants. Curieusement, quelques jours seulement après, le très loufoque et ubuesque pasteur Mugalu, dans des notes secrètes envoyées à Joseph Kabila, accusait Katumba Mwanke de chercher à noyauter le régime. Ces deux morts suspectes démontraient que Joseph Kabila démontraient jusqu’où Kabila pouvait pousser son sadisme.

Entre 2015 et 2018, Kabila fait monter la dose en exhibant ses crocs. le régime devient très répressif et sanguinaire. Les raisons est toute simple: Kabila qui caresse l’idée de modifier la constitution pour briguer un troisième mandat est prêt à tout pour arriver à ses fins.

Les violations des droits de l’homme en très nette augmentation

En 2015, les violations des droits de l’homme avaient augmenté de 64% par rapport à 2014, pointe une note du Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme (BCNUDH) qui enregistre 3877 violations des droits de l’homme en RD Congo pour l’année 2015 sur l’ensemble du territoire. Un chiffre en “augmentation très significative de plus de 64%” par rapport à 2014 dont 254 exécutions extrajudiciaires commises par les agents de l’Etat. On note aussi les arrestations et détentions arbitraires, l’instrumentalisation de la justice, les menaces et les intimidations contre des membres de la société civile ou des parti politiques et contre des professionnels des médias dans le but de restreindre leurs activités et de les empêcher d’exercer pleinement leurs libertés.

En janvier 2015, des manifestations et des émeutes avaient éclaté en opposition à un projet de loi électorale imposant un recensement avant la prochaine élection, et retardant le départ de Joseph Kabila. Le bilan de ces manifestations était très lourd – une quarantaine, selon la Fédération des droits de l’homme (FIDH). La FIDH et Human Rights Watch parlaient à l’époque de 21 personnes abattues par les forces de l’ordre. Deux jours après ces émeutes, le pouvoir a arrêté un des leaders de l’opposition Jean-Claude Muyambo, l’un des ténors de cette manifestation.

2016, A Kinshasa, le Front citoyen 2016 avait initié des offices religieux à la mémoire des victimes de janvier 2015 suivis de conférences-débats sur “l’alternance démocratique” à plusieurs endroits de la ville. Mais la police avait empêché l’accès à de nombreux lieux de culte catholiques ou à des salles louées par l’opposition pour l’occasion. “Le message que les conférenciers allaient livrer était séditieux”, avait déclaré à l’AFP le lieutenant-colonel Pierrot Mwana Mputu, porte-parole de la police nationale. Pourtant Vital Kamerhe, avait affirmé avoir donné consigne à ses militants de “ne pas céder à la provocation”.  Plusieurs arrestations s’en étaient suivies dont celle de Catherine Kalukula, supporter de TP Mazembe et membre du PND, jetée dans les cachots des services de sécurité où elle passera plusieurs jours déshabillée. Les activistes des mouvements citoyens Filimbi, LUCHA et autres, sont régulièrement arrêtés et jetés en prisons sans des procès justes.

La répression meurtrière de la marche du Comité laïc de coordination

Le 31 décembre 2017, les manifestations ont eu lieu contre le maintien au pouvoir du président Kabila, à l’appel du CLC, Comité Laïc de Coordination. A Kinshasa comme ailleurs, les églises sont violées, la police avait chargé les cortèges à la sortie et même dans des lieux des cultes en n’hésitant pas à ouvrir des tirs de rafales. Il y aurait au moins 6 morts selon la Monusco,  au moins 65 blessés, toujours selon l’ONU, et  247 arrestations selon l’ACAJ, l’Association congolaise pour l’accès à la justice. A  Saint-Augustin où selon le vicaire, la police est “entrée dans la paroisse” après la marche alors qu’un corps y avait été acheminé et que des fidèles s’y étaient réfugiés après que leur marche a été dispersée “violemment”. A Lubumbashi, à la Basilique Sainte Marie, la police n’avait pas hésité à ouvrir le feu et à poursuivre les chrétiens jusque dans l’église en usant des tirs à balle réelle, de gaz lacrymogènes, des coups de matraques,

Une autre marche avait eu le 21 janvier de la même année. Dans son message en marge de celle-ci, le Cardinal Laurent Monsengwo affirme: “Nous voulons que règne dans le pays la force de la loi et non la loi de la force ». L’archevêque de Kinshasa qui a déploré la mort des Chrétiens tués par des policiers et militaires surarmés comme s’ils étaient dans un champ de bataille, s’était interrogé: “Sommes-nous dans une prison à ciel ouvert ?”

Le 25 février, suite à une énième marche initiée par le CLC, la police de Kabila a encore tué. Parmi ses victimes, l’activiste Rossy tué à bout portant et une autre victime à Mbandaka. Selon un bilan des Nations unies, il y avait eu  47 blessés et plus de 100 arrestations à travers le pays. Chaque semaine, des manifestations pacifiques sont réprimées dans la violence, des milliers des Congolais jetés en prison sans jugement, des morts… on en compte plus. A Lubumbashi, dans la nuit du 29 au 30 juin, le siège du PND, dont le président est le plus proche conseiller de Moise Katumbi, est vandalisé. Cette méthode avait déjà déjà été appliquée avec le siège de l’UDPS à Kinshasa.

Le Bureau Conjoint des Nations Unies aux Droits de l’Homme, le BCNDH, affirme avoir documenté entre  janvier et juin 2018, 3. 316 cas de violations et atteintes aux droits de l’homme sur l’ensemble du territoire national RD. Congolais, soit ‘’une forte augmentation’’ par rapport à la même période de l’année 2017 où le BCNDH a documenté 2. 822 violations des droits de l’homme en RD. Congo.

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