Henri Mova aux commandes, le pouvoir se “katanganise” de plus en plus

Remise et reprise ce vendredi 23 février au ministère de l’Intérieur. “L’oncle” cède son fauteuil au “cousin”. Gouvernement, armée, police, institutions étatiques, patronnât, etc. les Katangais trônent. Parfois, sans partage. Est-ce un signe avant coureur du temps de la fin d’un régime qui concentre l’essentiel de son pouvoir entre les mains des ressortissants d’une même province?

Henri Mova Sakanyi vient de prendre officiellement possession du ministère de l’Intérieur ce vendredi 23 février. Il s’agit d’un Katangais de plus, ou de trop, qui vient de monter sur scène pour le contrôle de la machine étatique de la RDC. Ils sont une bonne brochette à se retrouver aux côtés de leur frère, ou rejeton, pour veiller à “leur” pouvoir que leur a légué Laurent-Désiré Kabila. Les ressortissants des autres provinces interviennent pour compléter le décor et donner un semblant de représentativité nationale. Exception faite des ressortissants de la province du Maniema qui sont, eux aussi, bien placés dans la gestion de la chose publique. La raison? La mère du raïs y est originaire. Ce qui justifierait la présence au ministère stratégique de la justice du “mjomba”, oncle maternel”, Alexis Thambwe Mwamba.

De Kabila père à Kabila fils, la Banque Centrale a toujours été tenue par un Katangais. Un Masangu ou un Mutombo. Le ministère des Finances est tenu par Henri Yav Muland. Celui des Mines par l’inamovible Martin Kabwelulu aux affaires depuis 2007. Aux Hydrocarbures, on retrouve Aimé Ngoy Mukena. Si à la défense, il y a un ressortissant de la province Orientale mais son directeur de cabinet est un général Katangais. Les Renseignements sont dirigés Kalev Mutond, un autre Katangais. Dernièrement, Me Jean Mbuyu Luyongola a été vissé dans le strapontin hyper stratégique de Conseiller Spécial en matière de sécurité du président. Albert Yuma, un autre Katangais, contrôle le patronnât. Bien sûr, la très juteuse Gécamines aussi. On dira que le directeur de cabinet du président n’est pas un Katangais. C’est vrai. Mais il a une particularité. Celle d’avoir vécu au Katanga. Plus précisément à Kalemie. Théodore Mugalu, responsable de la maison civile du chef de l’Etat est aussi maillon important du pré-carré des Katangais. Son pouvoir s’étend au delà de sa fonction officielle. La Cour Constitutionnelle est dirigée par un Katangais, Lwamba Bindu Bya Maganga.

Dans l’armée, si le général Didier Etumba, ressortissant de l’Equateur, est le chef d’Etat-major des Forces Armées de la RDC, il a sous ses ordres une kyrielle des généraux Katangais qui ne répondent qu’au chef de l’Etat directement. Si à la police est dirigée par  le commissaire général Dieudonné Amuli, l’un de ses adjoints est un Katangais Mushid Yav Patience. Un autre Katangais chapeaute l’inspection générale de la police. Le commissaire divisionnaire Chalwe Raus.

Le pouvoir compte aussi deux piliers importants. Peut-être même, très importants: la “dada”, grande sœur, Jaynet Kabila et Zoe Kabila, le petit frère du président. Les deux se sont faits élire députés nationaux au Katanga. S’ils n’ont aucune fonction officielle dans les rouages du pouvoir, et pourtant des réunions stratégiques du régime se tiennent régulièrement chez l’une ou chez l’autre. Le parrainage de l’un d’eux est un boulevard royal qui conduit au sommet du sommet.

Comme le maréchal Mobutu au soir de son règne, Joseph Kabila se replie sur sa province pour consolider son pouvoir. Ne dites surtout pas que la province du Katanga n’existe plus, qu’elle a été démembrée. Mais l’esprit demeure. Raison pour laquelle Joseph Kabila est sans pitié quand la fronde vient de sa province. Il n’accepte pas que son plus grand opposant, Moïse Katumbi, tire ses origines dans la même province que lui. Ou qu’il compte parmi ceux qui contestent sa légitimité un certain Jean-Claude Muyambo, un Kyungu wa Kumwanza ou le défunt Charles Mwando Nsimba. Là, il devient intraitable. La fratrie est appelée à rester soudée, unie. Même dans le mal.

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