Gécamines: 10 millions de dollars engloutis dans le siège de l’oppression

Siège de la Gécamines réhabilité. Photo Presse présidentielle.

Ils étaient venus de Kinshasa par vol affrété, aux frais de la princesse, pour la réouverture du siège “modernisé” de la Gécamines. Président de la République, sénateurs, députés, ministres et autres têtes couronnées que comptent le régime. Pour Albert Yuma, c’est un monument qu’il lègue à la postérité. Les travailleurs de la Gécamines, eux, l’ont déjà baptisé: Le monument de l’oppresseur.

Le siège social de la Gécamines, new look, est une réussite architecturale qui rallie beauté et luxe. Une rénovation qui charme et pourrait faire croire que la société a atteint son apogée. Réalisé par les entreprises Forrest, le coût des travaux initialement estimés à 3,5 millions de dollars a fini par grimper jusqu’à atteindre plus de 10 millions de dollars. Il y a quelques mois, le DG intérimaire Jacques Kamenga parlait d’un arrangement entre la Gécamines et le Groupe Forrest pour réaliser ces travaux. Mais hélas, la vérité est loin d’être celle-là. Encore un éléphant blanc inutilement budgétivore. Chaque carré a englouti des milliers des dollars. Les décideurs de la Gécamines ont poussé le culot jusqu’à importer d’Afrique du Sud 28 tonnes des plantes, affrétés par avion. Les travaux de l’aménagement du parking (marché de gré à gré) ont été passés à l’entreprise KSB dont le propriétaire est un certain John Numbi, général de police suspendu pour son implication dans l’assassinat de Floriber Tchebeya.

Le projet est de l’inamovible Albert Yuma (encore lui!). Un directeur confie: “Il se sert de tous ces travaux pour maquiller des sommes colossales perçues de certains partenariats et cessions de gisements. Lui qui se vante d’avoir une gestion saine et transparente ne permet pourtant pas que certains chiffres apparaissent dans les comptes de la Direction financière de la Gécamines”.

Est-ce innocent? Il est démontré que l’entreprise possède actuellement deux comptes. L’un logé à la Gécamines et géré par l’équipe de la Direction financière. L’autre, détenu par Albert Yuma, lui-même, avec la complicité de Jacques Kamenga, le DG a.i, et de Me Deogratias Ngele, le secrétaire général, son frère de tribu qu’il a amené dans l’entreprise. Ce dernier compte échappe à tout contrôle. Il sert de coffre-fort au président Kabila pour soudoyer certaines personnes. Raphael Katebe figure parmi les heureux bénéficiaires. Sur ordre du président Joseph Kabila, il a reçu d’Albert Yuma l’argent nécessaire pour son installation à Kinshasa.

un siège luxueux qui contraste avec la misère des travailleurs

Jacques Kamenga- Albert Yuma Photo-montage-@Zoom_eco

Les travailleurs de la Gécamines comptent 5 mois d’arriérés des salaires. Ils ont oublié la belle époque d’Ahmed Kalej où ils avaient leur salaire à une date fixe qui  avait été viré pour s’être opposé, un peu trop, au diktat du tout puissant Albert Yuma.

Les soins de santé ne sont plus de qualité. Les travailleurs recourent à la débrouillardise pour se trouver les produits qui manquent à la pharmacie de l’entreprise. Un travailleur confie: “Nos hôpitaux ne rassurent plus. Nous y allons faute de mieux. En outre, nous n’avons plus régulièrement notre ravitaillement en farine. Il vient à une moyenne d’une fois tous les deux mois. Nous avons aussi les salaires les plus bas de toutes les entreprises minières faute de production”.

il y a deux ans, Jacques Kamenga Tshimuanga, DG a.i., affichait un optimisme  sans pareil à propos de la production. Selon lui, leur plan de redressement était une réussite. “Notre production est en hausse, d’environ 1 200 tonnes chaque mois début 2015, contre 1 000 tonnes en 2014.” Mais malgré toutes les déclarations, l’entreprise n’a jamais atteint les 40 000 ou 50 000 Tonnes projetés pour 2015. Mbuyi, travailleur aux usines de Tshituru questionne: “Pourquoi moderniser le siège quand tous les indicateurs sont au rouge? Sans production, ce siège est un véritable tombeau blanchi. A l’intérieur, il n’y a que des pourriture”.

Une autre catastrophe est la mise en œuvre du fameux plan social, qui vise la réduction du personnel de 11 000 à 6 000 salariés entre 2011 et 2016 par la mise à la retraite des agents les plus âgés. Malheureusement, les pensions de retraites de ces agents sont fragmentées, échelonnées sur une longue durée. Au final, les retraités ne sauront pas faire grand chose de leur pension.

Jusqu’où ira le calvaire des agents Gécamines? Quand chaque matin, pour entrer dans leurs bureaux, ils verront devant eux se dresser ce siège d’un luxe insolent qui contraste avec leur misère indescriptible. Et dans ce siège trônera Albert Yuma, leur PCA et Jacques Kamenga, le DG intérimaire qui vont continuer, dans leurs combines, à saigner l’entreprise.

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