Ex-Katanga: Les rivières de la mort

Une rivière polluée aux environs de Likasi, à Buluwo. Photo L'Exclusif.info

Les rivières du sud-Katanga sont polluées par des produits chimiques découlant de l’exploitation minière. Le mal est si profond que des vies humaines se retrouvent menacées par des maladies mortelles ou incurables.

Le Katanga, Eldorado minier. Dans cette province du sud-est de la République démocratique du Congo, les sociétés minières poussent à la vitesse des champignons et l’implantation de leurs usines de traitement des minerais ne tient parfois pas compte d’endroits appropriés. Quartiers résidentiels ou industriels, proximités des cours d’eau, d’hôpitaux ou d’écoles…  Qu’importe! L’essentiel est de se lancer au plus vite dans l’exploitation et en tirer le meilleur profit.

Des innovations dans les techniques d’extraction et une flambée de prix amènent à qualifier aujourd’hui de “gisement” ce qu’hier était considéré encore comme de la terre “stérile”. Les sociétés minières vont même jusqu’à exploiter des gisements à minerais à faible teneur en utilisant de réactifs chimiques, parfois très toxiques qui génèrent d’énormes quantités de polluants déversés dans des cours d’eau. Les pollutions engendrées représentent des dangers pour les décennies, et qui sait des siècles à venir.

La protection de l’environnement occupe une place de choix au sein du Code Minier et du Règlement Minier de la République Démocratique du Congo.  Le législateur avait intégré la composante environnementale à toutes les étapes du cycle minier. De l’exploration minière, en passant par l’exploitation du gisement et jusqu’à la fermeture définitive du site.

Les rivières empoisonnées du Haut-Katanga et du Lualaba représentent aujourd’hui un grand danger pour la population qui les utilise pour les besoins vitaux allant de la pêche, à l’arrosage des champs et potagers, la lessive, la vaisselle ou le bain.

A 30 kilomètres de Lubumbashi, les rivières Kipushi et Kafubu n’ont presque plus de poissons. En mai et juin 2011, la population y avait aperçu flotter des poissons morts. Quatre fermes implantées le long de ces rivières ont été obligées d’arrêter leurs activités agricoles et piscicoles. Les poissons des étangs sont morts intoxiqués, les cultures maraichères ne tiennent plus. La raison? Les sociétés minières CMSK et Gécamines déversaient dans ces rivières  des eaux contenant du cyanure et de l’arsenic qui détruisent la vie aquatique et la végétation.

Dans les territoires de Lubudi et de Kakanda, une autre catastrophe y avait été vécue. La pollution des rivières causée par la société minière Boss Mining avait tué et intoxiqué  des poissons et détruit des champs des paysans. Les chefs coutumiers, Kamimbi de Kakanda, territoire de Kambove, Mbala de Fungurume (territoire de Lubudi), débordés, étaient montés au créneau pour dénoncer le laxisme et la passivité du pouvoir face à ce drame.

Lors de son passage dans certaines entreprises minières, Audax Sompwe, ministre provincial de l’Environnement avait reconnu les faits: “Il y a des entreprises qui ne respectent presque rien. Elles devront tenir compte des enjeux environnementaux”. Il avait même promis d’assurer le suivi par ses services pour faire respecter le plan de gestion environnementale.

Selon le Code minier congolais, le Plan de Gestion Environnementale du Projet (PGEP) est “le cahier des charges environnementales du projet consistant en un programme de mise en œuvre et de suivi des mesures envisagées par l’EIE pour supprimer, réduire et éventuellement compenser les conséquences dommageables du projet sur l’environnement”.

Malheureusement, la situation ne semble pas beaucoup évoluer. Le chemin de la croix se poursuit pour des milliers des populations riveraines des certaines entreprises minières qui piétinent délibérément la loi.

Dans une ville du Katanga, le drame continue. Une ONG locale l’a même dénoncé énergiquement. Certaines entreprises productrices du cuivre et du cobalt sont indexées et parmi elles l’usine hydro-métallurgique de Shituru, MJM, Métal mines, CJCMC et Concorde Mining, SMCO. Les eaux de lavage des minerais et les effluents de ces usines contiennent des métaux lourds qui sont rejetés souvent sans traitement préalable dans les rivières Buluo et Panda ; qui se déversent dans la rivière Lufira et enfin dans le Lac Tshangalele, à Kapolowe avec des conséquences écologiques néfastes.

En 2009, le Service de l’environnement avait décelé des traces des métaux lourds dans les cours d’eau et rivières. La situation n’a pas beaucoup évolué aujourd’hui encore. Il y a une forte présence du Cobalt (Co), Cuivre (Cu), Zinc (Zn), Arsenic (As), Cadmium (Cd), Plomb (Pb), Uranium (U), et Vanadium (V) dans les échantillons d’eau, de plancton et des feuilles de Phragmites australis signe de la contamination des poissons des rivières et du Lac Tshangalele par les métaux lourds.

Malgré cette pollution, les femmes et les enfants des quartiers Shituru, USC et Toyota, à Likasi, utilisent l’eau contaminée et consomment des légumes arrosés par cette eau. L’ONG Umoja tire la sonnette d’alarme: “Lorsque la mère est contaminée, le nourrisson peut également l’être via le lait maternel. L’absorption cutanée est une autre source de contamination potentielle car des femmes et des enfants se lavent, se baignent et font la lessive dans les eaux du parc à résidus de Shituru, le KIMPULANDE”.

Les conséquences de la pollution sur la santé est sans appel. Le Dr Ilunga, spécialiste en santé publique, note: “L’excès de manganèse peut causer la maladie de Parkinson, l’impuissance sexuelle, voire des hallucinations. L’arsenic est à la base des hémolyses, les maux de tête, les avortements, les malformations congénitales. L’excès de cuivre réduit les défenses immunitaires et affaiblit les os. Le cobalt provoque le dérèglement de la circulation sanguine et l’excès de cadmium est à la base des certaines toux, pneumonie, altération du foie, la dysenterie, etc. La liste des pathologies résultant de l’excès des métaux est longue”.

Comme quoi, si le cuivre et le cobalt font le bonheur et la richesse des uns, ils sont aussi à la base du malheur et de la mort des autres.

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