Etienne Tshisekedi: Sa dépouille attend aussi la “décrispation politique”

Etienne Tshisekedi est mort le 1er février de l’année passée. Depuis, l’autorisation du rapatriement de sa dépouille mortelle n’est pas du goût du pouvoir en place. Les “obsèques dignes de son rang” promis par Bruno Tshibala se font toujours attendre. Pour Mgr Mulumba, frère cadet du défunt, il faudrait catégoriser le corps du défunt parmi les cas emblématiques qui attendent la décrispation.

Le samedi 13 janvier, l’ONG ACAJ, Association congolaise pour l’accès à la justice, a organisé une journée de solidarité avec les prisonniers et exilés politiques sous le thème “Ensemble pour la protection de tous par le Droit”, qui a connu plusieurs intervenants dont Mgr Gérard Mulumba qui s’est penché sur le rapatriement du corps d’Etienne Tshisekedi. Exaspéré, il a exprimé l’indignation de la famille sur les raisons du blocage. “Dès lors scandalisés, plusieurs observateurs, tant nationaux qu’internationaux, nous interrogent sur la cause réelle de ce blocage. Nous sommes très embarrassés pour leur trouver une explication rationnelle”, a-t-il dit.

Mgr Gérard Mulumba a fait aussi observer que “12 mois à  la morgue sans sépulture, ce cas peut être aligné parmi ceux des prisonniers et exilés politiques pour lesquels l’accord du 31 décembre 2016 avait prévu des mesures de décrispation. Nous pensons que ces mesures s’imposent en ce temps où tout le monde ne parle que des élections qui approchent”.

Contacté par notre journal, un directeur de l’ANR a levé un pan de voile sur la pertinence de ce dossier sous le sceau de l’anonymat: “Autoriser la famille à rapatrier le corps de Tshisekedi peut signifier le début d’un soulèvement populaire dans la capitale. Primo, le gouvernement ne dispose pas assez de moyens pour contenir la grande masse de gens qui va déferler dans les rues de Kinshasa. Secundo, on peut s’attendre à tout à l’arrivée du corps du défunt à Kinshasa. Même au renversement du pouvoir. Alors, mieux vaut prévenir que guérir. Dans un frigo mortuaire à Bruxelles, Etienne Tshisekedi ne constitue un danger pour personne”.

Et pourtant, au mois de septembre dernier, sur le plateau de TV5 Monde, le premier ministre Bruno Tshibala, qui se présente comme compagnon de lutte d’Etienne Tshisekedi, disait la main sur le cœur: “J’ai pris l’engagement, le Président de la République également, d’offrir au Président Tshisekedi les obsèques qu’il mérite en tant qu’un grand patriote, un grand homme politique congolais. Toutes les conditions sont réunies pour que dans les prochains jours  le corps soit rapatrié, je ne veux pas me permettre d’avancer une date mais dans les prochains jours le corps sera rapatrié et le président Tshisekedi aura droit aux obsèques qu’il mérite,  les obsèques grandioses. C’est un engagement que j’ai pris devant la représentation nationale et dans toute mes prises de position Étienne Tshisekedi qui est mon compagnon de lutte sera enterré avec honneur dans son pays d’origine”.

Les jours sont passés et le dossier est apparemment classé sans suite. Mort, la dépouille d’Etienne Tshisekedi fait dix fois plus peur au pouvoir que lorsqu’il était en vie. S’il fallait lire entre les lignes, ce cas emblématique pourrait être le dernier sur la liste à bénéficier des mesures de décrispation politique.

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