Décrispation: Le martyre de Jean-Claude Muyambo

Il devait sortir de la prison le 20 février dernier. La nouvelle lui avait été donnée par l’administration de la prison de Makala. Mais quand ce jour arriva, on va libérer 30 criminels et il lui sera signifié qu’il n’était pas concerné. Le régime qui joue avec sa psychologie voudrait aussi se servir de son dossier pour faire pression sur les catholiques afin de les faire taire. Démarches pourtant difficiles.

Le tout est parti de l’appel à manifester des opposants contre la loi électorale adoptée le samedi 17 janvier 2015 à l’Assemblée nationale et dont l’examen en seconde lecture devait débuter le lundi 19 janvier au Sénat.  Kinshasa était en alerte. La population était prête à en finir avec le régime. Un dispositif policier avait été déployé dans plusieurs coins de la ville notamment autour du Palais du peuple, siège du Parlement où les entrées et les sorties sont filtrées par la police. Le périmètre était interdit à la circulation des automobilistes. La situation était extrêmement tendue à Kinshasa où les violences, selon la FIDH, avaient fait plus de 42 morts. Des opposants au président Joseph Kabila qui ont manifesté l’ont accusé de vouloir faire passer une nouvelle loi électorale qui lui permettrait de se maintenir au pouvoir. Parmi les têtes d’affiche de cette manifestation se trouvait Jean-Claude Muyambo.

Trois jours après ce soulèvement populaire qui a failli précipiter le départ de Joseph Kabila du pouvoir, Jean Claude Muyambo est écroue à la prison centrale de Makala. Enlevé de sa résidence de Ma Campagne vers 4 heures du matin par des agents de l’ANR accompagnés de plusieurs policiers, il a été acheminé d’abord aux bureaux de la direction générale de I’ANR avait d’être conduit, vers 11 heures, au Parquet général de la Gombe. Auditionné sommairement sur une veille plainte de son client Mr Emmanouil Stoupis datant de 2009, il a été immédiatement placé sous mandat d’arrêt provisoire dans le cadre d’un nouveau dossier pénal ouvert le même jour par le parquet général de la Gombe sous le n°RMP 6960/PG/030/OS.

Première surprise dans cette affaire rocambolesque, aucune plainte d’Emmanouil Stoupis n’a été présentée. Par contre, Jean Claude Muyambo exhibe une lettre de son client datant du 25 juin 2014 par laquelle le plaignant lui a présenté solennellement des excuses et renouvelé sa confiance et renouvelé son mandat du 26 mars 2002 pour qu’il continue à gérer ses affaires. Sur quel indice sérieux de culpabilité, le magistrat instructeur s’est-il fondé pour ordonner la mise en détention du bâtonnier Jean Claude Muyambo? On comprend ce qui se passe. Kabila a commencé à lui régler les comptes.

Muyambo condamné à 5 ans

Malgré tous les éléments de preuves l’innocentant, le bâtonnier Muyambo sera condamné à 5 ans de prison ferme pour stellionat. Après plus de 2 ans et demi passés derrières les barreaux, il saisira la Cour Suprême de Justice pour solliciter une libération provisoire pour, entre autre raisons, les traumatismes dont sa jambe avait subi lors de son arrestation. En effet, il a les doigts de la jambe broyés qui nécessitent des soins sérieux à l’extérieur du pays. Sur instruction du ministre de la Justice, nous a-t-on confié, la Cour Suprême s’y oppose.

Dernièrement, le député Jean-Claude Vuemba annonce sur les réseaux que le bâtonnier Jean-Claude Muyambo et Diomi Dongala seront libérés le 15 février. Le 14 février, les concernés en sont informés. La nouvelle est confirmée par quelques ténors de la Majorité, voire des services. Même les évêques en seront informés par Thambwe Mwamba. Malheureusement, le J, la mise en liberté sera repoussée au 20 février. Selon l’avocat du bâtonnier, le directeur de la prison de Makala en avait été déjà notifié. Et le mardi 20 février, ils devraient être libres. L’administration de la prison de Makala ne s’est pas empêché de confirmer  la nouvelle aux concernés. le ministre de la Justice en personne procédera à cette libération.

Les prises de position de la CENCO ont tout bloqué

Quelle est le véritable raison de ce report? le pouvoir voudrait suivre les résolutions de la CENCO, Conférence Episcopale Nationale du Congo, pour se rassurer si elle va annoncer la fin des marches pacifique initié par le CLC. Malheureusement, à la clôture  de leur assemblée plénière extraordinaire tenue du 15 au 17 février à Kinshasa, les évêques sont restés sur leur position. Même ceux que l’on croyait opposé à la démarche y ont apporté leur soutien. “Nous n’abandonnerons jamais notre engagement  pour l’avènement d’un Etat de droit  en RDC”, ont affirmé les évêques. Le prélats sont allés jusqu’à recommander aux autorités policières de prendre les dispositions pour encadrer les marches pacifiques “comme cela se fait ailleurs”. Donc, ils vont continuer à soutenir les marches pacifiques de le CLC. Pour le pouvoir, c’est une gifle.

Une telle prise de position a énervé le pouvoir qui a décidé de maintenir en détention Jean-Claude Muyambo et Eugène Diomi. Le 20 février, ils ne seront plus libérés malgré tous les dispositifs pris à la prison de Makala pour la circonstance. Le ministre de la Justice Thambwe Mwamba, très remonté, de trancher: “Je voudrais vous confirmer que les dossiers de Diomi et Muyambo ont été examinés à plusieurs reprises et la commission a conclu qu’ils ne sont pas libérables ni aujourd’hui ni demain”. En réalité, les cas emblématiques de Moise Katumbi, Jean-Claude Muyambo, Eugène Diomi et Mbusa Nyamwisi font partie intégrale de l’accord de la Saint-Sylvestre qui a permis au président Joseph Kabila, tout en étant illégitime, de continuer à gouverner.

Pourquoi avoir annoncé leur libération? Le pouvoir se servirait du cas de Jean-Claude Muyambo pour faire pression sur les catholiques afin qu’ils arrêtent avec les marches pacifiques pour demander l’application intégrale de l’accord de la Saint-Sylvestre. Un tel chantage n’est du goût du bâtonnier Muyambo qui accepte volontiers de croupir en prison que d’hypothéquer l’avenir et le bonheur des Congolais. Qui dit respect de l’accord, dit aussi libération des prisonniers emblématiques et arrêt des poursuites fantaisistes contre les opposants en exils dont les noms ont été repris expressis verbis dans l’accord de la Saint-Sylvestre.

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